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Vague bleue

Les Metternich

De Reinhardstein à Vienne

Durant le siècle qui s’écoula de 1815 à 1918, les habitants des territoires dits des Cantons de l’Est – rattachés arbitrairement à la Prusse – se replièrent sur eux- mêmes, particulièrement en région wallonne. On vécut en opposition avec le nouveau régime lequel, surtout à l’époque de Bismarck, accumula des erreurs, des brutalités qu’on ne peut que condamner
.
C’était déjà suffisamment regrettable d’avoir dû accepter les décisions du Congrès de Vienne, de la Commission des statistiques et des compensations; il aurait fallu une autorité possédant le doigté nécessaire ainsi que le respect de la culture des territoires annexés. En réaction aux procédés prussiens naquit une rancœur, parfois une haine, qui obscurcit et estompa finalement le passé lui-même. Tout ce qui pouvait rappeler un lien quelconque avec l’Allemagne était farouchement effacé et le clocher de l’église devint le point de mire général.

On confondit la Prusse, puissance essentiellement militaire, ancienne marche de l’Est, pays n’ayant jamais connu la civilisation et la culture romaines, avec les autres Allemagnes, principalement la Rhénanie toute proche, terre centrale de l’Empire de Charlemagne et elle aussi vassalisée, écrasée, martyrisée par cette Prusse maudite, cause de bien des malheurs et de drames en Europe
.
Par un raccourci un peu simpliste, les mentalités rendirent le prince de Metternich, président du Congrès de Vienne, responsable de leurs malheurs, alors que celui-ci subissait également avec amertume cette situation dans ses biens et ses possessions. Oui sait si cette annexion ne le décida même pas à se fixer définitivement en Autriche ? On ne se rendait pas compte à l’époque que le vrai responsable du drame était le représentant de la France, le peu scrupuleux prince de Talleyrand. Ce dernier ne cherchait qu’à diviser les grandes puissances; les bénéfices personnels qu’il tirait de cette politique n’étaient pas négligeables. Il livra littéralement nos régions et le Rhin à la Prusse, cette Prusse qui aurait dû rester bien loin, très loin de l’Est, pour le plus grand bien de notre civilisation.

Les gens des régions annexées ne connaissaient que les Metternich, ces Metternich qui avaient été les figures de proue pendant cinq siècles; et puisque l’héritier de ces Metternich présidait le Congrès de Vienne, ce ne pouvait être que lui le responsable de ces événements. Cette idée une fois entrée dans les esprits n’en sortit jamais. De même, dans bien des vieilles familles de la région, dès que l’on parle de l’Allemagne, les esprits se hérissent et se brouillent.

En pourtant… Essayons d’être objectifs.

Nous avons devant nous deux gravures du XVllle siècle représentant le château de Reinhardstein.

Que dit la légende ? Vue du château de Reinhardstein situé dans la Basse Allemagne. La plupart des personnes ont une fausse conception de l’Allemagne. L’Allemagne n’existe que depuis 1870. Avant cela, on parlait des Allemagnes, et divers pays existaient comme la Rhénanie, la Bavière, le Wurtemberg, la Westphalie, la Hesse… Beaucoup de ces pays firent partie du Saint Empire Romain de la Nation Germanique, et ce jusqu’à sa criminelle suppression par Bonaparte. Ce fut le début de la décadence et de la dégradation en Europe.

Ici, nous étions en contact très étroit avec la Rhénanie, avec Aix-Ia-Chapelle, l’ancienne capitale de Charlemagne. De la Prusse, on ne parlait pas ou fort peu jusqu’au XVllle siècle.

Sous l’hégémonie de cette Prusse, toutes les Allemagnes furent réunies en un vaste empire et subirent le joug et l’esprit militaire de Berlin. La promotion de Berlin comme capitale indique déjà que l’on voulait tourner le dos au passé et à notre vieille civilisation.

Maintenant que, dépassant les erreurs de jadis, on essaie de reformer l’Europe, il est temps que nous reprenions conscience de ce passé. Il est temps que Waimes réalise aussi ce passé, qu’il en préserve les témoins, les souvenirs. Qu’il se rappelle que le dernier seigneur de Reinhardstein, en plus mayeur héréditaire de Waimes, fut le dernier ministre plénipotentiaire de l’empereur à Bruxelles et le représentant de celui-ci à l’important Congrès de Rastadt. Créé prince d’Ochsenhausen, il fut le père du tout puissant chancelier de l’Empire, président du célèbre Congrès de Vienne et délégué impérial au Congrès de Ratisbonne. Les Congrès de Vienne, Rastadt et Ratisbonne occupent une place prépondérante dans l’histoire car ils ont remanié complètement la carte de l’Europe. A seize ans, le prince de Metternich déclara qu’il voulait être l’homme de l’Europe et jusqu’à 86 ans, il resta fidèle à son idéal. Il avait 39 ans et était en pleine gloire lorsque son père vendit Reinhardstein et toutes les possessions qui en dépendent; certaines s’étendaient jusqu’à Bastogne.

En reprenant le passé, Waimes revendique sa place dans l’histoire de l’Europe. Le passé doit nous servir à regarder et construire l’avenir; sans cela, il n’est que stérile spéculation.

La résurrection de Reinhardstein est certes une chose hors du commun. Mais il s’agit avant tout d’une idée, d’un symbole. D’un étendard aussi. La reconstruction du vieux burg a frappé les esprits et il est curieux de constater combien, depuis quelques années, nombreux sont les châteaux qu’on essaie de relever, malheureusement pas toujours avec le même bonheur.

Lors de leur visite à Reinhardstein, les derniers princes de Metternich ont émis le souhait que Reinhardstein soit aussi appelé Burg Metternich. Ils montraient ainsi l’ancienneté et la valeur de leurs possessions familiales.

Professeur OVERLOOP