Ramassage des encombrants le 17 octobre

Vague bleue

Le crime du Châtelet

Au moyen-âge, les monastères étaient souvent des lieux de pèlerinage fort fréquentés. Ceux de Stavelot et Malmedy n’échappaient pas à la règle. Les reliques de St Remacle et les miracles qui lui étaient attribués attiraient des pèlerins des contrées lointaines.

Le 10 mars 1307, l’abbé Gilles de Fauconpierre mourut et quelques jours plus tard, trois pèlerins qui voulaient rejoindre Malmedy furent arrêtés, ligotés et gardés comme otages par des paysans désireux de monnayer leur liberté.

Apprenant cela, les moines se mirent en campagne et délivrèrent les prisonniers qui furent mis à l’abri au monastère. Non sans mal, car les paysans avaient agi à l’instigation de Renard et Bauduin de Waimes et de leur cousin Simon Skavedries, fils d’Olivier de Chaineux, qui, dit-on, fut seigneur de Falize. Les seigneurs voulaient profiter de la vacance du siège abbatial pour multiplier rapines et crimes et étendre indûment leurs pouvoirs. Le 29 mars, mercredi de Pâques, à l’heure des vêpres, deux hommes armés pénétrèrent dans l’église de Malmedy en poussant force cris et clameurs. Le doyen et le trésorier, Jean de Waimes, s’en vont au-devant des intrus, déjà excommuniés pour avoir maltraité les moines précédemment. Leurs propos persuasifs les incitèrent à quitter l’église, à moins que ce ne soit ruse de leur part, car, à peine furent-ils arrivés place du Châtelet que des hommes en armes embusqués surgissent et frappent les moines. Si le doyen réussit à s’échapper, le trésorier est grièvement atteint neuf fois et expire vers la minuit. Les autres moines volent au secours de leurs frères et il s’ensuit un combat en règle au cours duquel trois moines furent gravement atteints. Nicolas de Falize mourut six jours plus tard. Un autre moine, Gérard de Bolan, était au corps à corps avec Olivier de Chaineux, père de Simon Skavedries. Un autre moine, Hérédicus, intervint dans la mêlée et planta son poignard dans le dos d’Olivier qui s’écroula en blessant toutefois mortellement Gérard de Bolan. L’échauffourée fit donc quatre morts et de nombreux blessés. A la suite de ces événements, les hostilités s’envenimèrent et le nouvel abbé Henri de Bolan expulsa les seigneurs de Waimes et de Falize et confisqua leurs biens. Mais l’abbé ne dispose pas de forces suffisantes pour mâter les rebelles et ceux-ci multiplient les incursions guerrières, rapinant et brûlant les fermes du monastère.

Cet état de guerre latente dura six ans au terme desquels les deux parties s’en remirent à un tribunal d’arbitrage constitué de cinq puissants seigneurs des environs: le comte Gérard de Juliers, le seigneur Gérard de Schoenecken, le sire Frédéric de Dome, le sire Arnold de la Rochet te et le sire Henri de Beaufort. Leurs conclusions furent sévères pour les Waimes et les Falize. Ils stipulèrent :
1° que la paix serait rétablie entre les belligérants et les faits oubliés ;
2° que les enfants de feu Renard de Waimes, à savoir Bauduin et Renard, fonderaient un bénéfice dans l’église du monastère et le doteraient ;
3° ils feraient célébrer 1000 messes pour les âmes des victimes ;
4 ° trente hommes de leurs proches, gens de bonnes familles, devraient, à la
Saint Remy (1er octobre). traverser la ville pieds nus, en chemise, un cierge d’une livre à la main pour assister ainsi à la messe et offrir leurs cierges à l’autel ;
5″ Bauduin de Waimes accompagné d’un cousin se rendrait en pèlerinage à Chypre et Simon Skavedries à Rocamadour. Ils doivent rapporter des pièces dûment signées comme preuve de la bonne exécution des pèlerinages ;
6″ tous leurs revenus doivent échoir au monastère de Malmedy jusqu’aux Pâques suivantes
Apparemment, toutes les conditions furent respectées puisque les pénitents retrouvèrent leurs charges et leurs propriétés. Bauduin de Waimes devint mayeur de Roanne, son frère obtint la mayeurie de Waimes, Simon, lui, devint mayeur de Stavelot.
Tout finissait donc pour le mieux dans notre petit monde seigneurial…